Cet article est tiré du volume 005 de l’édition papier d’Infuse magazine : « S’inspirer plutôt que de se comparer et culpabiliser », que vous pouvez vous procurer sur notre boutique en ligne.

Crédit photo : Valérie Gay Bessette
Passionnée par toutes les formes d’art depuis son plus jeune âge, c’est surtout pour le maquillage qu’on connaît Cynthia Dulude. En effet, elle est maquilleuse professionnelle de formation et experte beauté en ligne. Sa chaîne YouTube, lancée en 2011, regroupe maintenant plus de 692 000 adeptes et dénombre 600 vidéos réalisées à 100 % par elle-même, pour un total de visionnements qui dépasse les 100 millions. Si elle est reconnue comme l’une des premières et grandes youtubeuses du Québec, on l’apprécie personnellement pour sa transparence, son authenticité et sa grande curiosité. Découvrez-en davantage sur sa définition de la comparaison et sa relation avec celle-ci : ce qu’elle en pense, comment elle la ressent et ce qu’elle aimerait qu’on se rappelle lorsque la comparaison devient plus néfaste dans nos vies.
1. Comment décrirais-tu ta relation à la comparaison, et ce, au fil des années? A-t-elle été plus présente durant certaines périodes de ta vie?
Je crois que la comparaison a toujours fait partie de ma vie, mais les raisons derrière sont en constante évolution. Plus jeune, c’est en me comparant que j’ai réalisé que j’étais hypersensible à la beauté, à l’amour, aux stresseurs. Je réagissais plus fortement que la norme. Au secondaire, c’est surtout ma beauté extérieure, mon apparence que je comparais. Je me demandais comment certaines filles faisaient pour être si belles. C’était une période malsaine pour mon image corporelle. En commençant à travailler, c’est là que la comparaison a finalement migré. J’étais curieuse de voir quelles autres chaînes YouTube avaient beaucoup d’abonnés, combien de vues elles obtenaient, etc. À ce jour, je compare ma vie plus globalement avec celle des autres de mon âge (31), mais ce n’est plus nécessairement via des émotions négatives. C’est un simple constat et je me répète souvent : « À chacun sa vie, à chacun son rythme. »
2. Comment la comparaison prend-elle place dans ta vie professionnelle? Elle te motive à te surpasser ou t’essouffle?
La comparaison dans mon travail peut aller dans les deux sens : certaines personnes que je suis m’épatent par leur talent créatif et leurs idées, mais ça m’inspire plus que ça me démoralise. En fait, je reçois leur contenu plus comme une abonnée qui apprécie tout simplement l’effort! Cependant, si je suis dans une passe où je ressens de l’insécurité face à mon travail, alors là je compare mes statistiques (souvent uniquement avec moi-même autrefois!) et je démoralise facilement. Même si certaines statistiques sont en hausse, j’ai tendance à focaliser (temporairement, heureusement) sur le négatif, sur ce qui pourrait être amélioré.
3. Est-ce que ta présence sur les médias sociaux et devant la caméra exacerbe ta relation avec la comparaison?
C’est une bonne question. Je pense que peu importe le travail, on est susceptible de se comparer! Car avant même l’ère des médias sociaux, quand je travaillais dans des commerces, les gérants comparaient les ventes de l’année en cours avec celles de l’année précédente. Notre rendement était mesuré, voire récompensé. Donc, même comme cosméticienne à 17 ans, je me souviens d’avoir été gênée au départ d’aborder des clientes et d’avoir envié les filles qui étaient là depuis 3 ans! La comparaison était dans les aptitudes sociales, de vente, de crédibilité, etc. Je comparais aussi mon look, me trouvant souvent moins jolie que mes collègues. Pour revenir à la question cependant, oui, je trouve qu’Instagram est particulièrement propice à la comparaison. On y exploite souvent uniquement du beau, du rêve, donc ça peut jouer des tours à notre cerveau!
4. Qu’aurais-tu envie de partager, d’inspirer aux jeunes filles qui te suivent et qui ont accès plus que jamais à des comparatifs de tout genre via les médias sociaux?
Votre valeur est indépendante de vos likes et de vos abonnés sur les médias sociaux. Les chiffres en ligne ne sont pas garants de succès particulier, que ce soit dans la vie ou au travail. Les gens voudront être avec vous si vous êtes fidèle à vous-même, respectueux, honnête, etc. Pas pour vos looks, votre beauté extérieure ou le nombre de J’aime sous votre dernière photo. Travailler ses forces intérieures et se développer intérieurement, c’est possiblement le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire. La vraie valeur, ça se mesure le téléphone fermé.
5. Quels sont tes outils pour t’éloigner de la comparaison?
Je n’en ai pas à proprement parler! Mais grandir m’a assurément aidée à prendre confiance en moi. Je pense que plus on a confiance en ses capacités, moins on doute et moins on se compare. Le truc pour moi, cela dit, serait vraiment de ne pas essayer d’empêcher la comparaison, car c’est quelque chose de naturel que nous vivons tous, mais simplement de développer la petite pensée secondaire qui dit : « Attends une minute! Je n’ai peut-être pas ci ou ça, mais j’ai ça et ça et ça. » À chacun ses forces, point. On est complémentaires, pas en constante compétition les uns contre les autres!


