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La crise des milléniaux : on nous avait promis un bon emploi

Image de Marylise Champagne, conseillère d'orientation
  • par Marylise Champagne, conseillère d'orientation
  • 21 septembre 2026
  • Non classé
  • par Marylise Champagne, conseillère d'orientation
  • 21 septembre 2026
  • Non classé
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Vous avez enfin votre emploi « d’adulte » depuis quelques années. Vous avez fait un bac, peut-être même une maîtrise pour l’obtenir. Vous avez un titre respectable, un bureau (ou un coin de table de cuisine en télétravail), un REER qui avance tranquillement. Et un soir, en scrollant, vous tombez sur la vidéo d’une fille de 22 ans qui vient de finir son DEP en électricité. Elle gagne à peu près votre salaire, elle n’a pas de dette d’études, elle finit à 15 h 30 et elle a l’air vraiment contente. Vous fermez votre téléphone et une pensée monte : « Pourquoi j’en ai fait autant pour les mêmes résultats? »

Sachez que vous n’êtes pas seul. Cette phrase-là, je l’entends de plus en plus dans mon bureau. Et je pense qu’elle mérite qu’on s’y attarde.

La promesse qu’on nous a faite

Nous, les milléniaux, avons grandi avec un scénario clair : aller à l’école, surtout à l’université (les études secondaires ou collégiales étant même un peu boudées). Faites de longues études pour avoir une « bonne job », c’est-à-dire un emploi de bureau, intellectuel, stable, et vous serez bien partie dans la vie. Le reste suivra : la maison, la sécurité et la fierté de vos parents…

Alors on a pris le chemin recommandé. On a accumulé les crédits, les stages non payés, les dettes d’études. On a accepté que le métier manuel, c’était pour « ceux qui n’aimaient pas l’école ». On a même appris à en avoir un peu peur ou honte.

Puis le monde a changé pendant qu’on montait les échelons. Récession, pandémie, coût de la vie, des postes d’entrée qui exigent trois ans d’expérience et, maintenant, l’intelligence artificielle qui s’installe dans les emplois de bureau qu’on nous avait vendus comme les plus sûrs. Au Québec, l’Institut du Québec estime qu’environ 810 000 travailleurs occupent un métier rendu vulnérable par l’IA. Devinez dans quelle catégorie tombent la plupart des « bons emplois » qu’on nous avait vendus stables.

Pendant ce temps, les plus jeunes ont pris une autre route

Les plus jeunes qui arrivent derrière nous ne semblent pas avoir reçu la même instruction de réussite, ou ils ont décidé de ne pas suivre le modèle de l’université à tout prix. D’ailleurs, les demandes d’admission en formation professionnelle sont en hausse partout au Québec. Électricité, plomberie, charpenterie, soins infirmiers auxiliaires, mécanique. Des formations courtes, des salaires qui n’ont plus rien à envier au bac et, surtout, beaucoup moins de préjugés qu’avant. Pour eux, choisir un métier spécialisé, ce n’est plus un plan B. C’est leur choix.

Et là, ça vient remettre beaucoup de choses en perspective chez plusieurs milléniaux. Pas parce qu’on veut nécessairement devenir tout à coup plombière. Mais parce qu’on réalise qu’on a peut-être accepté une hiérarchie qui n’existait que dans nos têtes, ou qui n’existe plus. Que le « bon emploi » qu’on a poursuivi pendant 15 ans n’était peut-être pas le nôtre, mais celui d’un scénario.

Ce que la crise n’est pas

Je veux être claire, parce que je vois souvent cette remise en question tourner à l’autoflagellation. Non, vous n’avez pas gaspillé vos études. Vous avez fait le meilleur choix possible avec l’information que vous aviez à 17 ans, et avec la pression de tout un système qui vous disait que c’était la voie.

Ce n’est pas non plus un article qui vous dit que les métiers manuels sont mieux. Ils sont différents, et comportent eux aussi leur part de risques et de compromis (le corps, les horaires, la saisonnalité, les milieux parfois encore très masculins). Ce que le retour des métiers révèle, ce n’est pas que vous vous êtes trompée de voie. C’est que la question sur ce qu’est un bon emploi? a enfin le droit d’avoir plusieurs réponses.

Ce que la crise est vraiment

Sous la comparaison, il y a presque toujours autre chose. Quand je creuse avec mes clients, trois choses reviennent.

Le besoin de concret

Après des années de courriels, de fichiers Excel et de réunions qui auraient pu être un courriel, plusieurs milléniaux aimerait voir davantage le résultat de leur travail. De pouvoir dire « c’est moi qui ai fait ça ».

Le besoin de sens

On nous a vendu la stabilité comme finalité. Sauf que la stabilité, une fois atteinte, ne remplit pas grand-chose. Le sens au travail n’est pas un luxe, mais un besoin humain reconnu, et il finit souvent par se manifester par soi-même dans la trentaine ou la quarantaine s’il n’a pas été écouté avant.

Le deuil d’une identité

C’est le plus difficile. Si je ne suis plus « celle qui a réussi ses études et qui a un bon poste », je suis qui? Votre titre, votre diplôme, votre job ont porté votre identité pendant longtemps. Les remettre en question, ce n’est pas remettre en question un choix professionnel, mais c’est souvent aussi gros que de remettre en question une partie de soi. C’est donc normal que ce soit difficile.

Et maintenant, on fait quoi?

Ralentir avant de tout lâcher. Le réflexe, quand la remise en question survient, c’est de vouloir tout changer d’un coup ou, au contraire, de se dire qu’il est trop tard et de refermer la porte. Les deux évitent la vraie question de fond.

La vraie question, c’est celle-ci : dans tout ce que vous avez fait jusqu’à maintenant, qu’est-ce que vous avez choisi pour vous, et qu’est-ce que vous avez choisi pour ce qu’on vous a dit être un bon emploi? Les deux existent. Il y a probablement dans votre parcours des moments d’énergie, de fierté, de flow, qui vous appartiennent vraiment. Et il y a des choix par défaut. Les démêler, c’est déjà reprendre du pouvoir.

Ensuite, il y a une infinité de nuances entre « rester coincée dans son bureau » et « refaire un DEP à 38 ans ». On peut ramener du concret dans un emploi de bureau. On peut utiliser son bac comme levier dans un métier plus terrain. On peut faire une formation courte en parallèle, sans tout sacrifier. Le retour des métiers manuels ne vous oblige à rien. Il vous autorise à regarder plus large.

Pause réflexion

  1. Si personne autour de vous n’avait d’opinion sur ce qu’est un « bon emploi », comment le définiriez-vous ?
  2. Dans vos 10 dernières années, quel moment vous rend encore fière quand vous y repensez? Qu’est-ce que vous faisiez concrètement?
  3. Qu’est-ce qui vous manque le plus dans votre travail actuel, le concret, le sens, ou le sentiment d’être à votre place?
  4. Quelle est la plus petite action (pas la plus grosse) qui vous rapprocherait de ça dans le prochain mois?

La crise des milléniaux, au fond, ce n’est pas la crise d’une génération qui s’est trompée. C’est la crise d’une génération qui découvre, un peu tard mais pas trop, qu’elle a le droit d’écrire son propre scénario. Et ça, c’est une très bonne nouvelle!

Pour poursuivre la réflexion

Notre rapport au travail touche bien plus que notre carrière : il influence notre énergie, notre estime personnelle et notre équilibre. Découvrez également :

  • Stress au travail : comment mieux l’apprivoiser?
  • Conciliation travail famille
  • Un retour au travail après un arrêt peut être bouleversant

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