
Chaque année, lorsque l’automne approche, je reçois la même question : « Est-ce normal que je perde autant de cheveux en ce moment? »
Oui, c’est « normal ». Mais ma réponse est un peu plus nuancée qu’un simple « oui ».
La fameuse mue saisonnière n’est pas complètement un mythe. Certaines personnes remarquent effectivement une augmentation de leur chute de cheveux à certaines périodes de l’année. Mais cela ne signifie pas que vos cheveux « muent » comme le pelage d’un animal, ni que toute chute importante doit automatiquement être attribuée au changement de saison.
Et surtout : une augmentation marquée de la chute mérite qu’on s’y intéresse.
Alors, qu’est-ce que la mue saisonnière?
Nos cheveux suivent naturellement un cycle de croissance. Chaque follicule passe par différentes phases : croissance, transition, repos, puis chute.
La majorité de nos cheveux sont normalement en phase de croissance, tandis qu’une proportion plus petite se trouve en phase de repos et finira éventuellement par tomber.
Certaines études et observations cliniques suggèrent que les changements saisonniers, notamment les variations de luminosité et certains rythmes biologiques, peuvent influencer légèrement le cycle pilaire. Il est donc possible de remarquer davantage de cheveux sur votre brosse, dans la douche ou sur votre oreiller à certaines périodes de l’année.
À l’automne, c’est entre septembre et novembre qu’on voit la chute la plus marquée. C’est une chute qui devrait durer environ 1 à 2 mois maximum et qui devrait s’arrêter seule.
Par contre, on peut aussi vite tomber dans le piège de prendre pour acquis que c’est une chute de cheveux liée à la mue saisonnière, alors qu’elle mérite plutôt qu’on s’y attarde.
Le piège de tout mettre sur le dos de l’automne
Imaginez que vous remarquez soudainement beaucoup plus de cheveux dans votre drain en septembre. Vous pourriez penser : « C’est normal, c’est l’automne. »
Mais qu’est-ce qui s’est passé dans votre vie au cours des derniers mois?
Une période de stress important? Une maladie ou une fièvre? Une alimentation plus restrictive? Une perte de poids? Un manque de sommeil? Un changement hormonal? Une carence nutritionnelle? Une période particulièrement exigeante?
Certains types de chute, notamment l’effluvium télogène, peuvent apparaître plusieurs semaines ou même quelques mois après un événement déclencheur.
C’est pourquoi dans mon travail, je ne regarde jamais uniquement ce qui se passe au moment où vous perdez vos cheveux. Je m’intéresse aussi à ce qui s’est passé avant.
Votre chevelure peut parfois être un peu comme une boîte noire : elle nous donne des indices sur ce que votre organisme a vécu au cours des derniers mois.
Et si ce n’était pas seulement une question de cheveux?
C’est probablement l’une des choses que j’aimerais le plus que les femmes comprennent; pour produire un cheveu de qualité, votre follicule a besoin d’énergie, de nutriments, d’une bonne vascularisation et d’un environnement physiologique favorable.
C’est pourquoi une chute importante peut parfois être le premier signe qui vous pousse à regarder votre santé globale d’un peu plus près.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque cheveu retrouvé dans votre douche indique une carence ou un problème de santé. Une certaine quantité de cheveux tombés quotidiennement est parfaitement normale.
La différence se trouve plutôt dans l’évolution : une chute soudainement beaucoup plus importante, une perte qui persiste, une diminution visible de la densité ou l’apparition d’autres changements dans votre chevelure méritent qu’on cherche plus loin.
Alors, que pouvez-vous faire?
Premièrement : on évite de paniquer. Voir plus de cheveux tomber pendant quelques semaines ne signifie pas nécessairement que vous êtes en train de perdre votre chevelure de façon permanente. Mais je vous recommande tout de même de porter attention à quelques éléments;
Observez votre densité. Est-ce simplement plus de cheveux dans votre brosse ou remarquez-vous réellement que votre queue de cheval est plus fine, que votre raie s’élargit ou que votre cuir chevelu est davantage visible?
Regardez votre cuir chevelu. Démangeaisons, rougeurs, desquamation excessive (pellicules), sensibilité ou inflammation ne devraient pas être ignorées.
Pensez aux mois précédents. Stress, maladie, changements alimentaires, perte de poids, accouchement, changements hormonaux ou autres événements importants peuvent être pertinents.
Et surtout, ne vous contentez pas automatiquement de la réponse « c’est saisonnier ».
Si votre chute vous inquiète ou persiste, une évaluation professionnelle peut vous aider à déterminer ce qui se passe réellement. Selon la situation, il peut également être pertinent d’en discuter avec votre médecin et de vérifier certains paramètres sanguins.
Et les shampoings anti-chute?
C’est ici que je vais peut-être semer la controverse.
Si vous perdez soudainement beaucoup de cheveux parce que votre organisme a vécu un stress important ou parce qu’un facteur interne influence votre cycle pilaire, changer de shampoing ne réglera probablement pas la cause.
Cela ne veut pas dire que les soins externes sont inutiles. Un cuir chevelu sain et une routine adaptée sont importants. Mais votre routine capillaire devrait être considérée comme une partie de la stratégie, et non comme l’unique solution.
Avant d’acheter le dernier produit tendance qui promet de faire pousser vos cheveux plus rapidement, demandez-vous plutôt : pourquoi mes cheveux tombent-ils davantage en ce moment?
Quand devriez-vous consulter?
Alors, comment savoir si vous observez simplement une variation saisonnière ou si votre chute mérite une investigation?
Je vous recommande de consulter si vous remarquez :
- une augmentation importante et soudaine de la chute;
- une chute qui persiste plusieurs semaines ou plusieurs mois;
- une diminution visible de la densité ou une raie qui s’élargit;
- des zones clairsemées ou des plaques sans cheveux;
- des changements au niveau du cuir chevelu : démangeaisons importantes, rougeurs, douleur, desquamation ou inflammation;
- une chute accompagnée d’autres changements, comme une fatigue inhabituelle, des modifications du cycle menstruel ou d’autres symptômes qui vous préoccupent.
Et surtout, ne vous sentez pas obligée d’attendre que la situation devienne très visible avant d’agir. Plus on intervient tôt, plus il est généralement facile de comprendre ce qui se passe et de mettre en place une stratégie adaptée.


