Troubles alimentaires – Notre rapport à l’alimentation et au corps

Un article de Myriam Blanchette-Sylvestre, psychologue chez Meetual

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Quel que soit le père de la maladie, un mauvais régime en fut la mère.

– George Herbert


Du 1er au 7 février 2020, c’est la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, une semaine visant à mieux comprendre cette problématique qui a parfois des conséquences très importantes sur la personne qui en souffre, mais aussi sur son entourage. En effet, s’il existe plus d’un « type » de troubles alimentaires et que leur gravité ou chronicité varie d’une personne à l’autre, ils partagent tous un point en commun : un sentiment de détresse important. Plus précisément, la personne qui en est atteinte tend à évaluer sa valeur d’elle-même essentiellement ou exclusivement en fonction de sa silhouette ou de son poids et de sa capacité à les contrôler.

Ainsi, parmi cette grande catégorie de troubles alimentaires, on retrouve :

  1. L’anorexie mentale* qui se caractérise entre autres par la restriction des apports énergétiques conduisant à un poids significativement bas, une peur intense de prendre du poids et une perception du poids (ou de la forme du corps) biaisée. Elle peut aussi être caractérisée par une influence excessive du poids sur l’estime de soi.*Il importe de noter qu’une personne peut rencontrer le diagnostic d’anorexie même si son poids est dans la normale ou au-dessus. On parlera d’anorexie atypique. Cela permet ainsi de montrer que l’anorexie n’a pas « qu’un seul corps », souvent dépeint dans les films ou médias comme étant d’une maigreur extrême.
  2. La boulimie qui comprend quant à elle la survenue récurrente d’accès hyperphagique (excès alimentaires avec sentiment de perte de contrôle) et de comportements compensatoires visant à prévenir la prise de poids comme les vomissements, les diurétiques, les laxatifs, les jeûnes et l’exercice physique excessif.
  3. L’hyperphagie boulimique qui consiste elle aussi à la survenue récurrente d’accès hyperphagiques, mais contrairement à la boulimie, il n’y aura pas de recours réguliers à des comportements compensatoires.

Aussi, bien qu’ils ne fassent pas partie de la grande catégorie des troubles alimentaires, il est important de souligner que deux autres troubles soulèvent une obsession importante envers le corps ou l’alimentation :

  1. L’obsession d’une dysmorphie corporelle qui est caractérisée par des préoccupations concernant un ou plusieurs défauts/imperfections au niveau de son apparence physique, mais qui sont visibles par la personne seulement (très peu flagrants pour autrui). La personne s’engage alors dans divers comportements pour tenter de s’apaiser face à cela, incluant les vérifications dans le miroir, soins de beauté excessifs, etc) ou encore tend à se comparer beaucoup aux autres. Une autre forme s’apparentant à cela est la dysmorphie musculaire : la personne croit alors que son corps n’est jamais assez musclé et obsède avec cela.
  2. L’orthorexie qui se définit comme une obsession liée à la qualité des aliments ingérés, c.-à-d., une angoisse à l’idée de ne pas manger sainement. Parmi les aliments évités ou mangés avec énormément d’anxiété on retrouve les aliments transformés ou jugés comme contenant trop d’éléments perçus comme mauvais par la personne (p.ex. : gras, sel, sucre, pesticides, etc.).

Que dois-je surveiller pour prévenir un rapport malsain avec mon corps et/ou la nourriture?

Tout d’abord il importe de souligner qu’il y a plus de femmes insatisfaites de leur corps ou de leur poids que de femmes qui en sont satisfaites et une grande majorité a au moins voulu perdre du poids une fois dans sa vie. Pour cette raison, nous considérons que l’insatisfaction corporelle et la volonté de modifier son corps ou son poids sont des phénomènes communs chez la gent féminine. Commun ne signifie cependant pas automatiquement sain ou exempt de conséquences néfastes. Par exemple, les personnes étant insatisfaites de leur corps auraient un plus grand risque de développer des troubles alimentaires tels que l’anorexie et la boulimie ou encore une dépression que celles qui sont plus satisfaites. Il faut donc y être alerte (souvent on ne le réalise pas), car la plupart du temps, un trouble alimentaire commence par la combinaison d’insatisfactions corporelles et d’un régime (même si bien d’autres facteurs sont impliqués dans le développement de ce dernier). Le fait de vouloir perdre du poids, n’est pas mal en soit, mais il faut demeurer attentives à la façon dont cela est fait et aussi avec quelle ardeur.

Plusieurs personnes pensent que trouble alimentaire équivaut à maigreur extrême ou encore pertes de contrôle à n’en plus finir, vomissements ou tendance à faire des set-ups en pleine nuit. Si cela peut être parfois le cas, les troubles alimentaires peuvent se manifester de façon plus « discrète », tout comme une personne en pleine dépression peut souffrir intérieurement malgré un sourire éclatant à longueur de journée. Un trouble alimentaire peut donc porter plusieurs visages, prendre plusieurs formes.

Quels sont les signes que je dois surveiller pour savoir si une personne de mon entourage ou moi-même sommes affectés par un trouble alimentaire?

L’organisme Anorexie Boulimie Québec (ANEB) a développé un questionnaire en ligne très pertinent pour savoir si une personne est à risque de développer un trouble alimentaire. Il est possible de le remplir ici.

Voici aussi des indicateurs d’un rapport plus malsain à la nourriture ou à son corps. Cette liste n’est pas exhaustive et ne signifie pas automatiquement qu’une personne rencontre un trouble alimentaire. Cependant, plus quelqu’un rencontre certains de ces critères et plus c’est révélateur d’une souffrance psychologique qui pourrait éventuellement nécessiter les soins d’un professionnel.

-Restrictions alimentaires, privations et/ou pertes de contrôle alimentaires : compter constamment ses calories, éviter certaines rangées à l’épicerie, s’interdire de manger des aliments comme le chocolat, car ils sont considérés mauvais ou car on est certains qu’ils feront prendre du poids, manger une quantité de nourriture importante en ayant beaucoup de mal à se retenir

-Rapport au corps : Se peser tous les jours ou éviter la balance, scruter son corps dans le miroir et se centrer sur ses défauts ou encore éviter les miroirs; je porte des vêtements susceptibles de cacher certains défauts, éviter de porter certains vêtements qui dévoilent davantage son corps, surveiller son niveau de gras

-Activité physique : La quantité d’exercice physique pratiquée est parfois source de conflits avec l’entourage, impossibilité de se permettre de manquer une séance d’activité physique ou sinon c’est vécu avec beaucoup de culpabilité/irritabilité, pratiquer uniquement de l’activité physique dans le but de perdre du poids ou de modifier mon apparence

-Comportements dommageables pour tenter de perdre du poids : produits amaigrissants/coupe-faim, laxatifs, diurétiques, vomissements, soins esthétiques à outrance

Qu’est-ce que je peux faire si je sens que j’ai peut-être un problème?

Si vous croyez avoir possiblement un problème, la première chose à faire est de ne pas se culpabiliser : la ligne est mince entre ce qui est sain et malsain lorsqu’on parle de comportements visant la perte de poids ou de modifications du régime alimentaire. Ainsi, peu importe la difficulté identifiée, le fait d’en prendre conscience est déjà un très grand pas. Ensuite, il peut être pertinent de s’entourer et d’aller chercher de l’aide. Voici quelques ressources à ce sujet qui donnent beaucoup d’informations sur les troubles alimentaires et l’insatisfaction face au corps et qui sont aussi aptes à vous référer à des spécialistes dans le domaine au besoin :

*À noter qu’ANEB offre une ligne d’écoute et diverses suggestions de lectures intéressantes.

En résumé, bien que certaines personnes soient davantage prédisposées à développer un trouble alimentaire, nul n’est à l’abri et il est donc important d’y être sensibilisées. Les hommes aussi rencontrent cette pression et peuvent aussi entretenir un rapport problématique avec leur corps ou leur alimentation. Zac Efron lui-même a partagé son expérience face à cela, tout comme l’ont fait au Québec Joey Scarpellino et Jordan Dupuis. Tout cela porte à réflexion.

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